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Le
village d'Adamsville au XIXe siècle
Les
écoles
Au XIXe
siècle, les lois scolaires en vigueur au Québec - elles le demeureront
sans modifications majeures jusqu'aux années 1960 - permettent la
formation de commissions scolaires confessionnelles, avec la possibilité
d'obtenir des écoles dissidentes pour les membres de la religion
minoritaire. À Adamsville, la question du contrôle des écoles devient
bien vite l'enjeu d'une lutte entre catholiques et protestants,
que les premiers, par le poids de leur nombre et la combativité
de leur clergé, finiront par remporter. Jusque vers 1880 toutefois,
rien n'était moins sûr.
La première école d'Adamsville fut construite en 1850 sur la petite
pointe de terre triangulaire formée par la division de la rue Principale
dans sa partie sud. La vente de ce terrain, pour la somme symbolique
de 1$, par George Adams aux commissaires Bowker, Burnett, Welch,
Boright et Mansfield était assortie de la stricte obligation d'y
construire «a District School House [...] in conformity to
the school laws now in force in the [...] Province of Canada»
72.
Cette école est clairement indiquée sur la carte Walling de 1864
et, en 1882, le lot appartient toujours aux School Trustees.
Mais l'institution d'enseignement qui devait le plus marquer l'histoire
d'Adamsville, autant par sa fonction que par son aspect, c'est l'Academy,
construite en 1854 sur un autre terrain donné par George Adams.
Édifice en brique de deux étages de 40 X 30 pieds, cette école de
niveau secondaire a coûté 300 livres (1 200$) aux habitants protestants
de la localité; c'est dire l'intérêt que ces derniers portaient
à l'éducation de leurs enfants.
L'Academy tire ses revenus des frais d'enseignement, de l'allocation
du gouvernement et de la pension de quelques élèves. En 1856, deux
professeurs laïques y font la classe à 50 élèves, 18 garçons et
32 filles, tous protestants. Cinq d'entre eux seulement sont pensionnaires
et 22 sont âgés de plus de 16 ans. Dix ans plus tard, l'Academy
compte 75 élèves, dont 69 protestants et six catholiques. Cette
école secondaire demeure en opération jusqu'en 1889, alors qu'elle
est convertie en établissement d'enseignement primaire73.
Une école catholique est ouverte à Adamsville à l'automne 1873 sous
la direction d'une demoiselle Tétrault de Saint-Pie, dans la maison
même du premier curé résidant de la paroisse Saint-Vincent, J.A.
Gatien. Par son zèle, le jeune prêtre obtient une subvention du
gouvernement, une aide financière de la Commission scolaire protestante,
de même que l'autorisation de cette dernière pour que les catholiques
payent leurs taxes pour le soutien de leur propre école.
En avril 1874, les catholiques de la paroisse obtiennent leur dissidence
légale et officielle de la Commission scolaire du canton de East
Farnham et du Bureau général de l'éducation, et ils nomment Charles
Bouchard, Octave Huot et Guillaume Forand comme premiers syndics.
Après le départ du curé Gatien et la fermeture de l'école qu'il
avait mise sur pied, son successeur, J.U. Charbonneau, transforme
la sacristie en salle de classe pour une soixantaine d'élèves. Mais
la situation devient vite intenable et, à l'été 1877, la fabrique
autorise la construction d'une école sur le terrain de l'église,
celle-là même qu'on transformera en presbytère en 1882.
Le maintien d'une école dissidente exige beaucoup des contribuables
catholiques et les résultats se font attendre, comme le souligne
l'inspecteur Alexander, en 1877:
Les
dissidents de East Farnham ont soutenu une école au village
d'Adamsville. [...] Angèle Milette (salaire $140) en a eu la
direction. Cette Demoiselle me paraît avoir de la bonne volonté;
cependant, elle n'a pas donné une entière satisfaction [...].
Sa méthode est mauvaise; sa santé est faible; souvent le courage
lui a manqué. Ses élèves ont fait peu de progrès. [...] les
dissidents [...] sont tous bien pauvres; ils font de grands
sacrifices pour soutenir leur école. Elle est fréquentée par
61 enfants, avec une assistance moyenne de 50 par cent.
Cependant, à ce moment, le plus grand souci des autorités religieuses
n'est pas la gestion ou l'entretien des écoles, mais bien d'amener
le plus grand nombre de catholiques à opter pour la dissidence,
seul moyen d'assurer la multiplication des écoles catholiques et
la prépondérance de l'Église en matière d'éducation. Surtout qu'avec
la réforme scolaire de 1875, le clergé obtenait encore plus de responsabilités
en ce domaine.
Si, dans la plupart des cas, les Canadiens adhèrent assez facilement
à la dissidence, il en va autrement avec les Irlandais catholiques.
Ainsi, cinq ans après la formation d'un corps de syndic catholique,
beaucoup d'entre eux paient encore leurs taxes aux protestants.
À l'été 1879, le curé Charbonneau bat la campagne pour en rallier
le plus grand nombre à sa cause. Vaine tentative:
Mes
Irlandais [...] prétendent que, s'ils se mettent dissidents,
ils indisposeront les protestants, qui ne voudront plus engager
leurs filles comme maîtresses d'école [...] ça leur répugne
de se mettre en guerre avec leurs voisins protestants [...].
Je crois que je réussirai mieux avec les Canadiens; car ils
n'ont pas les mêmes raisons74.
Après dix jours de sollicitation, le curé obtient que 20 Canadiens
signent leur dissidence, mais pas un seul Irlandais.
Nouvelle période de recrutement l'année suivante, même insuccès.
Commençant à douter de la bonne volonté des Irlandais, le curé demande
à son évêque: «Vais-je leur permettre de continuer avec ces
raisons de payer leurs taxes aux protestants et pour combien de
temps ?» Et le jeune prêtre d'y aller d'une constatation qui
exprime bien l'importance des difficultés qu'il rencontre : «Je
vous assure que nous avons du fil à retordre dans nos townships»
75.
Les Irlandais considèrent donc qu'ils ont trop à perdre pour se
ranger spontanément du côté des francophones catholiques. Car non
seulement risquent-ils, comme ils le prétendent, de provoquer le
courroux de leurs puissants voisins protestants s'ils adhèrent à
la dissidence, mais ils favoriseraient leur propre assimilation
s'ils envoyaient leurs enfants dans des écoles unilingues françaises.
Mais l'évêque Moreau, lui, au contraire des Irlandais, considère
qu'en éducation l'aspect religieux prime sur les questions de langue
et de culture, et il le fait clairement savoir à son curé. «Maintenant
que des écoles catholiques [...] sont établies [...] il est du devoir
de tous les paroissiens catholiques [...] Irlandais et Canadiens,
de se ranger du côté de la Commission catholique [...] faute de
quoi [...] ils sont indignes des Sacrements» 76.
En 1888, on compte cinq écoles primaires dans le voisinage d'Adamsville,
dont une seule, située sur la branche nord de la rivière Yamaska,
échappe encore au contrôle des catholiques. En 1883, c'est dans
cette dernière école que les commissaires protestants, sentant leur
suprématie menacée, vont tenter d'obliger les élèves francophones,
qui constituent la grande majorité des élèves, à ne converser qu'en
anglais durant les heures de cours. Comme l'institutrice, Mathilde
Barsalou, une unilingue francophone, ne pouvait faire respecter
la directive des commissaires, ces derniers portèrent l'affaire
jusqu'au tribunal du Surintendant de l'éducation. Mais le temps
passa et les commissaires se résignèrent. Ils venaient de perdre
une de leurs dernières batailles.
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