Bromont : le village de West Shefford au 19e siècle

L'église anglicane de West Shefford

Éloignés depuis longtemps des services réguliers de la religion, desservis par des missionnaires itinérants ou obligés de se déplacer sur de grandes distances, les anglicans de Shefford prendront bientôt les mesures nécessaires à la construction d'une église.

John Savage sera le principal promoteur de ce projet. En 1818, il fait parvenir au révérend Charles James Stewart une requête lui demandant la permission d'entreprendre la construction de la première église du comté de Shefford. Il offre alors gratuitement un terrain situé à proximité de sa demeure ainsi que 1100 acres de terre qui, une fois vendues, serviront à la construction du temple et à son entretien. Sa requête est acceptée en avril 1818, les travaux entrepris l'année suivante et terminés en 1821. Cette chapelle, qui pouvait contenir 250 fidèles, était érigée sur le site actuel du cimetière anglican.

La communauté anglicane du canton de Shefford prendra également part à cette entreprise par des corvées, des dons en matériaux ou en argent. C'est John Savage qui supervisera les travaux et qui fera également l'achat d'un poêle et d'autres objets essentiels.

Le révérend Richard Whitwell devient en 1821 le premier pasteur résidant du canton de Shefford. Jusque là, ce sont des missionnaires de Dunham qui assuraient les secours de la religion. Mais Whitwell, semble-t-il, ne pouvait supporter les difficultés inhérentes à sa charge et il quitte son poste en 1826 ; il est immédiatement remplacé par George Salmon qui exercera son sacerdoce jusqu'en 1838.

Le révérend Salmon résidait à Waterloo et desservait une population dispersée sur un vaste territoire comprenant les cantons de Shefford, Stukely et Farnham. Dans un rapport du 15 novembre 1827, il souligne à quel point ses lieux de prédication sont éloignés les uns des autres et comment il est parfois difficile de les atteindre.
One is three miles, one is seven, two are eight miles distant and one is in the village where the parsonage is situated. The general state of the road is such, that to meet the afternoon appointment in anything like proper season, they can only be travelled on horseback5.
Il évalue alors à 90 le nombre de personnes qui assistent régulièrement à ses prédications dans l'ensemble de sa mission et il relève la présence de 80 méthodistes, adeptes de la seule autre religion d'importance à ce moment.

L'église St. John, consacrée en 1833, fait de West Shefford un point d'attraction régional majeur. Elle demeure durant plusieurs années le seul véritable lieu de culte du canton, puisque l'église de Frost Village, érigée en 1822 et rasée par les flammes l'année suivante, ne sera reconstruite qu'une décennie plus tard.

Durant toute cette époque, la vie du pasteur demeure extrêmement difficile. Les déplacements sont fréquents, les routes souvent impraticables et les gens sont généralement si pauvres, affirme Salmon, qu'ils ne peuvent contribuer à l'entretien du pasteur et de son église, à tel point que de la simple vaisselle lui tient lieu de vases liturgiques.

La doctrine de l'église anglicane est en outre assez mal acceptée par les colonisateurs. Le pasteur Balfour, qui exerça son ministère de 1838 à 1850 à la suite de Salmon, est on ne peut plus clair à ce sujet:
Sauf à West Shefford, Waterloo, Frost Village et South Stukely, l'état religieux était lamentable. On ne connaissait pas cette doctrine et on ne voulait pas l'entendre [...] vers le nord ou le sud, en pays français près de la frontière, notre église n'était pas bien accueillie6.
Malgré tout, en 1847, on réussit à amasser l'argent nécessaire pour recouvrir l'église de clin de bois, la peindre et en refaire la décoration intérieure. C. Thomas soulignait en 1877 que «Cette église, avec son joli cimetière, demeure encore et est à cause de son âge et des souvenirs qui s'y rattachent, une des plus intéressantes du diocèse7».