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22 août au 13 octobre 2019

LES SURGIES DU FLEUVE

Lise Létourneau | Artiste multidisciplinaire

LES « SURGIES » du fleuve

 

Les « surgies » sont essentiellement les créatures apparues lors de la rencontre entre le paysage et la culture. La culture y est mise en scène par l’artiste Lise Létourneau et le paysage est celui des rives du sud du Saint-Laurent (L’Islet-sur-Mer et les îles du fleuve).

L’eau, d’un côté, est véhicule et horizon tout à la fois : marées, forêts, îles, voie de communication, source de nourriture; le textile, de l’autre, exprime le quotidien dans ce qu’il y a de plus culturel dans la société : le vêtement, porté par tous et signe de civilisation, qui comporte sa part d’utilité, sa part de créativité et sa fonction hiérarchique et sociale.

De cette rencontre entre le paysage et le vêtement sont nées les « surgies ». Car il est surgi, tout au long de cette recherche, une faune sédentaire et immobile — aussi immobile que ces rochers tenaces qui jonchent les rives et qui portent les traces du contact entre le paysage dont ils font partie et les empreintes dessinées par la culture. Et une autre faune, plus sujette à des déplacements, celle-là, par la nature ou par l’artiste, reprise par le fleuve, réappropriée et réintégrée dans le passage entre l’imaginaire et le réel.

Les « surgies » sont alors de toutes sortes : homards en tissu, oiseaux mythiques, bancs de poissons, et leur passage est marqué par des inflexions de la flore, des traces laissées sur la grève puis effacées par les marées et les vents.

Ce qui suit est le carnet de création, tenant du journal intime de l’artiste et d’un registre des créations auxquelles ses recherches ont donné naissance.

Le textile — l’habit de l’humanité — rejoint le végétal dont il est si souvent issu et établit des connexions originales, uniques et liées au temps : habillage de bois d’épaves, totems de rives évoquant d’une manière colorée bouées et phares.

Spontanément, du contact de l’un culturel avec l’autre naturel, surgissent des bêtes mythiques aux multiples déguisements. Ce sont les « surgies ».

Au-delà de leur caractère éphémère, les points de vue photographiques témoignent de leur apparition, de leurs dimensions et de leurs liens avec le décor intouché.

Ainsi, par cette démarche, l’artiste Lise Létourneau ne fait pas que s’approprier les éléments qui l’entourent à des fins ludiques ou créatrices. C’est plutôt un échange constant qui s’établit entre le paysage mouvant, la réalité « objective » et l’image émouvante qu’il génère. De cet échange, l’artiste récolte l’œuvre d’art, parcelle de ce qui fut créé pendant toute une moitié d’année.

Car cet échange « artiste – paysage » ne peut avoir lieu d’une manière complètement honnête que si le don — ce qui est pris ici est redonné — en est la caractéristique tout autant que l’éphémère.